Ça y est, je suis biographe hospitalière certifiée, au terme d’une année universitaire de formation auprès de Valéria Milewski, fondatrice de ce magnifique métier. La biographie hospitalière est un soin pour les personnes gravement malades ou en fin de vie. Je vous explique tout ici.

“ Le biographe est un accompagnant de la parole de l’autre, sorte de main, d’oreille, de catalyseur, qui reçoit une parole, qui la note et la remet en forme. Un ‘porte-voix’ à plume ”, selon la magnifique définition de Valéria Milewski, fondatrice du métier en 2007 et de l’association Passeur de mots et d’histoires. En intervenant en milieu hospitalier, auprès de personnes gravement malades ou en fin de vie, le biographe hospitalier offre un soin non-médicamenteux essentiel.
▫️Un projet pour avancer : selon le Dr Fréféric Duriez, chef du service de l’hôpital de Chartres où la biographie hospitalière est née en 2007, proposer à un malade emprisonné dans sa souffrance de faire sa biographie, c’est changer le sens de sa vie, rouvrir le champ des possibles, le réanimer en remettant du mouvement dans son esprit et dans son corps. Ainsi, le passé revient vivant et l’avenir s’ouvre.
▫️Une énergie partagée : au-delà des mots, ce sont des sourires qui sont échangés, des rires, parfois des larmes… des instants de vie ! “ Ce qui compte, ce n’est pas le temps qu’il vous reste mais l’usage que vous allez en faire ”, dit encore le Dr Duriez à une patiente lors du reportage diffusé dans le 13h15 de Laurent Delahousse sur France 2 : “ Un soleil au milieu du crépuscule ”.
▫️Une forme d’apaisement pour tous : d’abord pour le malade, qui est concentré sur son objectif ; aussi pour son entourage, qui gardera une précieuse trace de la personne regrettée, le but de ces entretiens biographiques étant d’en faire un livre, un bel objet réalisé par un relieur d’art ; mais également pour l’équipe de soin, qui sera moins sollicitée et verra son patient retrouver un élan de vie.
▫️Une manière de prendre soin à la fois des morts et des vivants, en permettant à chacun de nous de mieux vivre “ avec nos morts ”, de ne pas les oublier, de garder une part d’eux chez nous, en nous. La biographie hospitalière offre, d’une certaine manière, un nouveau rite funéraire.
J’ai tant appris au cours de mes neuf mois de formation ! Je savais que la biographie hospitalière était une nouvelle étape logique dans ma carrière. J’ai eu la confirmation que j’étais faite pour ce métier lors de mon stage en unité de soins palliatifs (USP), à la Maison de santé Marie Galène à Bordeaux.
Une expérience hors-norme, un test grandeur nature dont je suis sortie plus motivée que jamais.
C’est peut-être dur de travailler en USP mais c’est surtout beau !
J’ai côtoyé des personnes exceptionnelles, animées par une incroyable humanité et passionnées par leur métier. Dès le premier jour, je m’y suis sentie à ma place, intégrée, en cohérence avec mes valeurs.
J’ai découvert l’extrême délicatesse avec laquelle les patients sont soignés et surtout écoutés. Dans ce service, quand un médecin et une infirmière entrent dans une chambre, ils prennent une chaise pour s’asseoir près du patient, échanger avec lui, recueillir son ressenti, s’attarder sur ses douleurs, ses souffrances et ses besoins. Sans oublier les aide-soignantes toujours présentes pour rafraîchir, masser, réconforter.
La biographie hospitalière est une proposition de soin logique dans cette optique. Complémentaire des interventions de la psychologue, de la dynamique psychomotricienne que j’ai eu le plaisir de suivre dans sa pratique, du doux peintre Paul, des chiens visiteurs et des nombreux bénévoles de Palliaplus.
L’USP est un magnifique lieu de vie ! Face à la maladie incurable, à défaut de pouvoir donner des jours à la vie, ici on donne de la vie aux jours. Beaucoup d’attention aux patients et à leurs familles, des sourires et surtout de l’amour.
➡️ Une règle d’or : l’adaptation, à la personne, à sa maladie, à sa fatigue, à son rythme.
– Si un biographe hospitalier réalise en moyenne 6 à 10 entretiens par personne accompagnée, pour certaines, le soin se limitera peut-être à un entretien (mais aura quand même des effets), et pour d’autres, il pourra se prolonger au-delà
– Un entretien dure en moyenne 1 heure mais peut se limiter à 10 minutes et se renouveler plusieurs fois dans la journée ou atteindre les 2 heures si la personne est lancée
– Un biographe hospitalier est présent une à deux journées par semaine dans un service hospitalier, ce qui lui permet de répondre à plusieurs demandes de soins biographiques.
Le métier existe depuis 19 ans mais il est loin d’être installé partout ! Il existe même dans peu d’endroits. Le frein, ce sont les financements. Nous devons nous-mêmes aller chercher les moyens de le faire exister, alors tous les dons sont les bienvenus pour qu’il vive ! A bon entendeur…

